La police britannique déjoue un projet d'attentats contre des avions en vol
LEMONDE.FR | 10.08.06 | 08h29 • Mis à jour le 10.08.06 | 11h41
Le niveau d'alerte à la menace terroriste a été relevé à son niveau maximal, jeudi matin 10 août, en Grande-Bretagne, après la découverte d'un complot visant à "abattre plusieurs avions en vol, causant la perte d'un nombre considérable de vies", selon les propos du ministre de l'intérieur, John Reid. La police a effectué "une grande opération antiterroriste pour mettre fin à ce que nous pensons être une menace majeure contre le Royaume-Uni et ses partenaires internationaux", a-t-il précisé.
Des arrestations ont été effectuées pendant la nuit dans la région de Londres, lors d'une opération conjointe de la branche antiterroriste de la police et des services de sécurité, après une enquête de plusieurs mois. Vingt et un suspects ont été placés en garde à vue, a annoncé Scotland Yard. "La police pense que l'intention des comploteurs était essentiellement de prendre pour cible des vols reliant la Grande-Bretagne aux Etats-Unis", a indiqué un porte-parole, précisant que l'objectif du complot était de faire sauter plusieurs bombes qui auraient été introduites à bord du ou des appareils dans des bagages à main. La chaîne d'information en continu Sky News, citant des sources anonymes, a annoncé que les personnes arrêtées étaient des Britanniques d'origine pakistanaise ou d'Asie du Sud, et qu'une vingtaine d'avions était visés.
Le premier ministre, Tony Blair, en vacances aux Caraïbes mais"en contact constant" avec Londres, a tenu, pendant la nuit, le président américain, George W. Bush, informé du déroulement de l'opération, a indiqué Downing Street.
VOLS SUSPENDUS ET SÉCURITÉ RENFORCÉE
Le MI5, le service du contre-espionnage, a indiqué que le niveau d'alerte terroriste "critique" – le plus élevé – "signifie qu'une attaque est attendue de manière imminente et indique un niveau extrêmement élevé de menace envers le Royaume-Uni". "Nous ne pensons pas que cela (les attentats) était prévu pour aujourd'hui", a toutefois indiqué une source proche de Scotland Yard, à Londres.
Le département américain de la sécurité intérieure a, lui, relevé le niveau d'alerte "de sérieux à rouge, pour les vols commerciaux partant du Royaume-Uni à destination des Etats-Unis", selon un communiqué, et relevé à "orange", le niveau d'alerte à la sécurité pour tous les avions de ligne. Il a ajouté qu'aucune trace de complicité dans le complot n'avait été découverte aux Etats-Unis. A l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle, le plan Vigipirate, déjà au rouge, a été maintenu inchangé.
BAA, l'opérateur des aéroports britanniques, a demandé une suspension de tous les vols à destination de Londres-Heathrow. British Airways a annulé tous ses vols nationaux et européenns au départ ou à destination de cet aéroport, jusqu'à 14 heures. Dans le même temps, de nombreuses compagnies européennes, dont Air France, ont annulé leurs vols de la matinée vers la Grande-Bretagne. Les mesures de sécurité ont été renforcées dans tous les aéroports britanniques, entraînant de fortes perturbations. Tous les passagers sont fouillés au corps – à deux reprises s'ils partent aux Etats-Unis. Les bagages à main sont limités au strict nécessaire.
Pour Paul Beaver, expert indépendant des questions terroristes, les bagages à main sont le point faible de la sécurité aérienne, puisque "un ordinateur portable peut renfermer suffisamment d'explosifs pour faire sauter un avion". Selon lui, la nature du complot laisse penser que le réseau Al-Qaida en serait à l'origine :"Ces deux derniers mois, Al-Qaida a juré qu'il vengerait l'Irak et l'Afghanistan en s'en prenant à l'aviation britannique et américaine. Je vois un lien direct avec cela". Paul Wilkinson, qui dirige le centre pour l'étude du terrorisme et de la violence politique de l'université de St Andrews (Ecosse), y voit lui aussi "un complot vraiment très ambitieux, le genre d'attaque spectaculaire que le réseau Al-Qaida souhaite particulièrement mener", et "serai[t] très surpris que l'on découvre qu'ils ne sont pas impliqués". _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
A la suite de l'alerte maximale décrétée jeudi 10 août, la situation est chaotique dans les aéroports britanniques. Le ministre des transports, Douglas Alexander, précise que "tous les bagages à main seront contrôlés, et seul un nombre restreint d'objets seront autorisés à bord. Il y aura des exceptions pour les personnes voyageant avec des enfants et celles sous traitement. Des conditions de sécurité supplémentaires vont être mises en place pour les vols à destination des Etats-Unis." Tous les avions à destination de Londres ont été suspendus sur demande de BAA, l'opérateur des aéroports britanniques, dont le directeur déclare : "Le check-in des passagers et les fouilles sont surchargés sur nos quatre terminaux. Nous demandons aux passagers de ne pas se rendre à l'aéroport sauf urgence." _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Images extraites de la conférence de presse du ministre de l'intérieur britannique, John Reid, jeudi matin 10 août. "Cette nuit, la police a mené, en plein accord avec le gouvernement, une grande opération antiterroriste pour déjouer ce que nous pensons être une menace majeure pour le Royaume-Uni et ses partenaires internationaux. La police et le MI-5 [le contre-espionnage britannique] enquêtent actuellement sur ce complot supposé, dont le but est d'abattre plusieurs avions en plein vol, causant la perte d'un nombre considérable de vies." "Nous faisons tout ce qui est possible pour empêcher la poursuite de toute activité terroriste. Cela va entraîner de graves dysfonctionnements dans tous les aéroports britanniques, à partir d'aujourd'hui", prévient-il. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Complot déjoué : les enquêteurs sur la piste de terroristes au Pakistan
LEMONDE.FR | 11.08.06 | 07h13 • Mis à jour le 11.08.06 | 10h36
Sept personnes, dont deux Britanniques d'origine pakistanaise, ont été arrêtées la semaine dernière au Pakistan, permettant la mise au jour, jeudi 10 août au Royaume-Uni, d'un complot terroriste visant des avions de ligne, ont affirmé, vendredi, les autorités pakistanaises.
Les deux Britanniques, dont les identités n'ont pas été précisées et qui n'ont pas de liens avec des groupes extrémistes pakistanais, ont été arrêtés la semaine dernière à Karachi et Lahore, a indiqué un responsable du gouvernement. "Les deux hommes sont des ressortissants britanniques d'origine pakistanaise qui étaient des éléments-clefs du réseau basé à Londres", selon ce responsable ayant requis l'anonymat. Les cinq autres personnes arrêtées sont des militants islamistes pakistanais interpellés en relation avec les suspects arrêtés au Royaume-Uni, a-t-il ajouté.
"Les arrestations ont eu lieu avant les opérations déclenchées à Londres. Les deux hommes étaient parfaitement au courant du complot visant à faire exploser des avions et les informations ont été transmises aux services de renseignement britanniques et américains", a-t-il ajouté sans fournir de détail sur les circonstances des arrestations.
Selon un autre responsable des services de renseignement, au moins trois des Pakistanais arrêtés auraient des liens avec Al-Qaida. "Le Pakistan a joué un rôle crucial dans la mise au jour de ce réseau terroriste international, grâce à ces arrestations opérées en relation avec celles réalisées au Royaume-Uni", a assuré la porte-parole du ministère des affaires étrangères pakistanais, Tasnim Aslam.
ÉTUDE DE TRANSACTIONS FINANCIÈRES
Les enquêteurs pakistanais se sont également mis sur diverses pistes. La publication des noms de 19 des 24 personnes arrêtées au Royaume-Uni, dont la Banque d'Angleterre a gelé les comptes bancaires, devait permettre aux autorités d'immigration de rechercher d'éventuels séjours au Pakistan de certains suspects.
A la suite des attentats du 7 juillet 2005 à Londres, les services d'immigration pakistanais avaient établi que deux des quatre kamikazes avaient effectué des séjours au Pakistan dans les mois précédant les attentats. Ces pistes n'avaient néanmoins pas permis d'identifier leurs contacts au Pakistan.
Les autorités pakistanaises se sont également mises à l'étude de transactions financières au centre desquelles se trouverait une organisation humanitaire islamiste. Ces transactions auraient été effectuées entre le Royaume-Uni et le Pakistan à partir de succursales bancaires de Karachi et Peshawar notamment, selon un responsable des services de renseignement qui n'a pas voulu identifier l'organisation mise en cause.
Les enquêteurs pakistanais étaient également sur la piste d'un militant identifié par la télévision américaine ABC comme le chef présumé du projet terroriste, le Pakistanais Matiur Rehman, en fuite ainsi que cinq autres suspects. Bien connu des services de sécurité pakistanais qui le tiennent pour le chef d'Al-Qaida au Pakistan, Matiur Rehman est "l'homme le plus recherché au Pakistan", a assuré, sous couvert d'anonymat, un haut responsable des services pakistanais de sécurité. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà