lors que le premier ministre, Ehoud Olmert, annonçait que "l'infrastructure du Hezbollah a été entièrement détruite" au Liban sud, la branche armée du mouvement chiite a repris mercredi 2 août ses tirs nourris, lançant quelque 190 roquettes après une pause relative de quarante-huit heures. Pour la première fois, la ville de Beït Shéan, à 70 km au sud de la frontière libanaise, a été touchée, ce qui met la région centre d'Israël, dont la côte est particulièrement peuplée, à portée de tir. Ont également été visées Kiryat Shmona, Safed, Afula, Nahariya, et la ville touristique de Tibériade, où les sauveteurs se disaient débordés par le nombre d'impacts. Cette salve, une des plus nourries depuis le début du conflit, a fait un mort et 19 blessés, dont 2 sont sérieusement atteints, selon la police israélienne. Le Hezbollah explique dans un communiqué cette recrudescence des tirs "parce que l'ennemi a dépassé les bornes en visant des civils" au Liban.
OPÉRATION-COMMANDO À BAALBEK
L'armée israélienne a effectué dans la nuit de mardi à mercredi son opération la plus profonde en territoire libanais depuis le début de l'offensive le 12 juillet, à Baalbek (est), bastion du Hezbollah situé à 100 km de la frontière. Cinq membres du mouvement chiite ont été enlevés par un commando héliporté, dix autres tués ou blessés, selon le chef d'état-major israélien, Dan Haloutz. "Nous avons lancé cette opération pour prouver que nous pouvions frapper partout au Liban", a-t-il dit, niant des informations du quotidien israélien Yediot Aharonot, reprises par la télévision libanaise LBCI selon lesquelles le commando avait pour mission d'enlever un dirigeant du Hezbollah. Il a annoncé que l'armée pourrait décider d'ici à deux jours de "nouvelles attaques aériennes en profondeur au Liban surtout dans la région de Beyrouth".
La police libanaise a de son côté affirmé que cinq civils ont été enlevés et 16 tués, dont sept enfants, dans ce raid accompagné d'intenses bombardements et d'accrochages avec le Hezbollah. Ce dernier a démenti le rapt de ses membres et qualifié l'opération de "fiasco".
VASTE OFFENSIVE TERRESTRE
Dans la matinée de mercredi, l'armée israélienne a déployé quelque 7 000 hommes sur cinq fronts, soutenus par des raids aériens. L'opération se concentre à l'ouest de la région dite du "doigt de la Galilée". Selon la police libanaise, les forces israéliennes n'ayant pas réussi à entrer dans le village de Meis Al-Jabal, situé à 610 mètres d'altitude, l'ont contourné pour l'attaquer par le sud à partir de Mhaibib. Selon un communiqué du mouvement chiite, "la Résistance islamique [le bras armé du parti] a repoussé les assaillants". Le deuxième axe de l'offensive israélienne a lieu plus au nord et vise à la prise du village d'Aadaissé à partir de Raab Al-Talatine, selon la police. Le Hezbollah a affirmé avoir détruit quatre chars et un bulldozer. Tsahal a démenti, mais fait état de cinq soldats blessés, dont un grièvement, dans le secteur de Mhaïdib et celui d'Aïta Al-Chaab, plus à l'ouest, où de violents combats s'étaient déroulés mardi, faisant trois tués et vingt-cinq blessés dans les rangs israéliens.
Selon la télévision du Hezbollah, des affrontements ont lieu également près du village chrétien frontalier de Rmeich. L'aviation israélienne a également mené des raids contre Bint Jbeil, où de violents affrontements avaient eu lieu il y a une semaine, tuant huit soldats israéliens. En outre, le Hezbollah a affirmé avoir bombardé des positions israéliennes dans le secteur occupé des "fermes de Chebaa".
PROGRÈS À L'ONU
Trois soldats libanais ont par ailleurs été tués dans un raid aérien près de Sarba, village situé à 14 km au sud-est de Saïda, selon une source proche des services de sécurité libanais. En 22 jours d'offensive israélienne, au moins 835 personnes, des civils et des militaires, ont été tuées au Liban et plus de 3 210 blessées, selon un bilan officiel libanais, qui ne prend pas en compte les combattants du Hezbollah ni les corps encore sous les décombres. Le coût des destructions atteint, lui, 2,46 milliards de dollars, selon une nouveau rapport officiel, soit 500 millions de plus qu'estimé la semaine dernière.
Israël pense poursuivre son offensive jusqu'"à la fin de la semaine prochaine", soit aux alentours du 12 août, selon le ministre de la justice israélien, Haïm Ramon. Mais M. Olmert a indiqué que sa durée "dépend beaucoup de la nature de la résolution de l'ONU. Si, comme nous l'espérons, la force internationale est composée d'unités de combat, nous serons en mesure de cesser le feu quand cette force sera déployée au sol au Liban sud".
Sur le plan diplomatique, les efforts se sont poursuivis pour obtenir un arrêt du conflit. Les membres permanents du Conseil de sécurité ont progressé vers un accord sur le Liban et les perspectives d'une prochaine adoption d'une résolution se sont améliorées, ont estimé mercredi en fin de journée deux ambassadeurs.
Avec AFP et Reuters _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Les Etats-Unis réclament le déploiement rapide d'une force multinationale au Liban, alors que, pour la France, un cessez-le-feu préalable s'impose. Qu'en pense l'ONU ?
Nous ne voulons pas arbitrer. Mais, pour qu'une force se déploie, il faut un arrêt des combats. Le secrétaire général de l'ONU ne cesse de le réclamer, car il voit l'immense tragédie qui se développe. Il voit qu'il est difficile de nouer les fils d'un processus politique sous les bombes. La communauté internationale est très unie sur l'objectif : un gouvernement libanais qui ait autorité sur tout son territoire et détienne le monopole de la force. Ce consensus a été le résultat du travail conjoint de la France et des Etats-Unis. Aujourd'hui, la question est de savoir comment y arriver.
La France n'ira pas à la réunion à l'ONU sur la force multinationale pour le Liban
La France ne participera pas à une réunion à l'ONU, jeudi 4 août, à laquelle le secrétaire général Kofi Annan a convié les pays pressentis pour faire partie d'une force multinationale au Liban. "Nous ne souhaitons pas discuter de la Force internationale avant un accord politique, a précisé au Monde le ministre français des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy. La France ne souhaite pas entrer dans un engrenage qui conduirait à l'existence d'une force sans un accord politique préalable."
La réunion, déjà déprogrammée lundi sous la pression de Paris, est présentée par l'ONU comme "un premier tour de table", "très préliminaire et technique".
Paris estime, selon une source diplomatique, qu'une rencontre "prématurée" serait de nature à "renforcer la position des Etats-Unis", qui prônent le déploiement rapide d'une force multinationale. "La Force n'ira pas au Liban continuer le boulot de l'armée israélienne", confie un diplomate français.
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Que diriez-vous à ceux qui pensent que le déploiement d'une force créera les conditions d'un accord politique ?
Je leur dirais : "Trouvez cette force !" Il sera beaucoup plus facile de trouver des troupes s'il y a un arrêt des combats. Dans les circonstances actuelles, avec la continuation des opérations militaires, se rapproche-t-on d'une bonne solution ? On multiplie le risque de victimes civiles, celui d'une vraie catastrophe humanitaire, et on prend le risque de renforcer politiquement ceux qu'on veut affaiblir militairement, sans être certain d'y arriver.
Beaucoup d'Etats sont-ils prêts à envoyer des troupes ?
Beaucoup de pays comprennent que le déploiement d'une force internationale sera un élément important pour mettre un terme aux hostilités. En même temps, pour que cette force se constitue, il faudra que les pays soient au clair sur l'étendue du mandat. Ils devront savoir si c'est une mission impossible, ou une mission en appui au gouvernement libanais.
Combien de temps faudrait-il pour déployer une force au Liban ? La fourchette évoquée - 10 000 à 20 000 hommes - est-elle réaliste ?
On est dans cet ordre de grandeur. Mais la question-clé est de savoir ce qui sera discuté avec le gouvernement libanais. La taille d'une force est d'abord définie par ses tâches. Le temps de déploiement, lui, dépend beaucoup des pays qui contribuent. Dans la meilleure des hypothèses, cela prendra des mois.
Une telle force pourrait-elle contraindre le Hezbollah à déposer les armes ?
Il faut d'abord se demander, de façon réaliste, quels sont les contributeurs de troupes qui seraient prêts pour un tel mandat. On sort là d'un contexte de maintien de la paix. Dans nos opérations, le désarmement des milices se fait presque toujours sur la base de processus politiques, de l'utilisation de carottes et de bâtons, en organisant la réintégration des combattants.
Comment pensez-vous y parvenir au Liban ?
Probablement de façon graduelle. C'est là qu'il faut être à l'écoute des Libanais. Ils insistent sur le processus politique. Ils connaissent les fragilités du pays. Il y a des risques de cassure. Si la force militaire allait à des collisions frontales, le risque de retour de la violence entre Libanais s'accroîtrait. Meilleur sera l'accord politique libanais, plus grandes seront les chances de succès. Une force internationale ne peut jamais, de l'extérieur, imposer une paix. Elle vient en appui d'un processus politique.
Quel devrait être le mandat de la force ?
La force est l'élément qui permet la consolidation du cessez-le-feu. Elle est donc vitale pour Israël autant que pour le Liban. Au coeur de ce mandat, il y a un appui au gouvernement libanais. La force doit être acceptée et perçue par les Libanais comme venant consolider leur armée au sud, pour qu'il n'y ait plus un mètre carré du territoire libanais qui ne soit pas sous l'autorité du gouvernement.
Cette force sera-t-elle seulement mandatée par l'ONU, ou pourrait-on assister à l'envoi de casques bleus ?
La réponse dépendra des contributeurs de troupes. Certains sont plus à l'aise dans des forces de casques bleus, qui évitent les confusions avec d'autres opérations. D'autres préfèrent une force multinationale, plus rapide à se déployer. Certaines forces multinationales, comme au Timor, servent de relais et se transforment ensuite en force des Nations unies.
Propos recueillis par Philippe Bolopion _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Surprise par l'attaque menée par le Hezbollah le 12 juillet et l'ampleur des fortifications et des bunkers souterrains de la milice chiite, l'armée israélienne a demandé, il y a quelques jours, aux Etats-Unis, d'accélérer d'urgence les livraisons de bombes.
Il s'agit de munitions guidées par satellite ou par laser, et notamment d'engins baptisés GBU-28 fabriqués par Lockheed Martin, pesant près de 2,3 tonnes, et décrits comme des"bunker buster" (briseurs de bunkers). La vente de ces munitions fait partie de plusieurs contrats signés en avril 2005 avec l'administration américaine.
L'un d'entre eux autorise, pour 319 millions de dollars, l'armée israélienne à acquérir 5 000 missiles dit "Joint direct attack munitions" à guidage GPS. Elle a aussi obtenu, pour 30 millions de dollars, une centaine de GBU-28.
Ces "briseurs de bunkers" guidés par laser étaient présentés dans un communiqué comme "une arme spécialement développée pour pénétrer les centres de commandement protégés et profondément enterrés". Cette bombe, larguée par des chasseurs-bombardiers F-15, est capable de détruire un objectif enterré sous six mètres de béton ou sous plus de 30 mètres de rochers.
DÉMENTI DU PENTAGONE
L'autorisation donnée par la Maison Blanche de vendre de tels engins avait alors été interprétée comme la fourniture à Israël d'une arme capable de détruire les installations nucléaires iraniennes. La livraison, au cours des derniers jours, d'un certain nombre de ses bombes a provoqué des tensions entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni à la veille de la visite, vendredi 28 juillet, de Tony Blair à Washington. Margaret Beckett, ministre britannique des affaires étrangères, a déclaré, mercredi, "regretter l'escale présumée à l'aéroport de Prestwick, en Ecosse, de deux avions-cargos américains acheminant des bombes vers Israël". Elle avait ajouté qu'elle adresserait à Washington "une protestation officielle" si les faits se confirmaient.
Selon la presse britannique, deux Airbus A310 chargés de GBU-28 ont atterri, le week-end du 22 et 23 juillet, à Prestwick pour ravitailler. Ils n'auraient pas précisé la nature de leur cargaison. Le porte-parole du Pentagone, Joe Carpenter, a démenti ces informations et affirmé que les procédures ont été "totalement respectées".
Selon la BBC, les Etats-Unis ont demandé et obtenu l'autorisation de faire atterrir deux autres avions avec un chargement identique, à Prestwick, dans les quinze prochains jours.
Eric Leser _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Des blindés israéliens sont garés en file indienne sur le bas-côté de la route de crête qui suit la frontière entre la haute Galilée et le Liban sud. Assis en rond à l'écart des tanks, un groupe de soldats assiste au concert improvisé d'un chanteur de variétés venu encourager la troupe, guitare à la main.
Un peu plus haut, la fourgonnette de Faraj, un restaurateur chrétien de Haïfa, sert gratuitement des assiettes de houmous aux jeunes appelés qui ont le ventre vide. Dans la file d'attente, Ze'ev, un sergent-major de 22 ans, accepte de raconter "sa" guerre. Son récit, très détaillé, est confirmé point par point par un autre soldat.
C'était dimanche 23 juillet. L'unité de tanks de Ze'ev avait reçu l'ordre de s'emparer de Maroun Al-Ras. Dans les jours précédents, six soldats avaient été tués dans ce fief du Hezbollah, à cinq kilomètres de la frontière libano-israélienne, alors qu'ils recherchaient des caches d'armes.
"Nous sommes partis de nuit avec une dizaine de chars, dit Ze'ev. Notre mission était de capturer une colline en lisière du village qui était utilisée par le Hezbollah pour tirer sur le kibboutz Avivim, situé de l'autre côté de la frontière." L'endroit a été fortifié par le Hezbollah. Pas avec des sacs de sable "comme du temps du Vietcong", explique Ze'ev, mais avec plusieurs mètres d'épaisseur de béton.
Une dizaine d'hommes sont postés dans le fortin. Ils sont équipés de jumelles infrarouges, de fusils à visée laser et de missiles antitanks de type Milan et Fagot, des armes de conception française et soviétique. "Bien que nos services secrets nous aient briefés sur le sujet, nous avons été surpris de voir combien leur équipement est proche du nôtre et combien ils s'étaient préparés pour ce combat", raconte le sergent-major.
JEU DU CHAT ET DE LA SOURIS
La progression de la colonne est ralentie par les mines. Trois d'entre elles explosent au passage des tanks. Les engins, légèrement endommagés, sont remorqués à l'arrière, le temps d'être réparés. Après plusieurs heures de combat, les soldats s'emparent finalement de la colline.
"A ce moment-là, nous avons été pris sous les tirs d'un commando qui était embusqué à l'extérieur du fortin, explique Ze'ev. Des missiles ont touché trois de nos tanks sans faire de victimes. Nous avons été obligés d'abandonner la position. Pendant toute la nuit, nous avons joué au chat et à la souris avec les hommes du Hezbollah. Aujourd'hui encore, la situation dans cette zone n'est pas complètement sous contrôle."
Entre-temps, un second détachement blindé est rentré dans Maroun Al-Ras, une localité étalée sur une demi-dizaine de kilomètres. La plupart des 7 000 habitants, avertis par un largage de tracts, ont quitté l'endroit. Durant l'avancée, le commandant est blessé au bras par un sniper libanais. Ze'ev vient le remplacer.
Dans une ruelle étroite, un tank est percuté par un missile. "Sous l'impact, une partie du blindage a fondu et a été projetée à l'intérieur du tank", explique le sergent-major. Les blessés sont d'abord déplacés dans un tank-ambulance au milieu des tirs des miliciens du Hezbollah postés sur les toits environnants. "Si je n'avais pas connu des situations similaires dans la bande de Gaza, nous aurions eu d'autres victimes", dit-il.
Puis un hélicoptère parvient à se poser et les deux soldats sont évacués sur l'hôpital Rambam de Haïfa. Au petit matin, la relève parvient à Maroun Al-Ras, ce qui permet à Ze'ev et à ses hommes de rejoindre l'arrière. "Les miliciens du Hezbollah sont plutôt de bons combattants, conclut-il. Mais une fois surmonté l'effet de surprise, nous devrions prendre le dessus."
Benjamin Barthe _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Âîçìîæíî, ïðîåêò ðåçîëþöèè áóäåò ïðåäñòàâëåí â Ñîâåòå áåçîïàñíîñòè ÎÎÍ óæå ñåãîäíÿ âå÷åðîì. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Leo : Quelle est la spécificité de cette nouvelle guerre asymétrique ? De voir une milice chiite libanaise tenir tête à Tsahal alors que l'armée libanaise n'est pas partie prenante ? Qu'en pensez-vous ?
Jean-François Daguzan : La spécificité et ce qui rend d'ailleurs l'élimination du Hezbollah difficile pour Israël, c'est à la fois sa nature non étatique et de mouvement de guérilla et de terrorisme. On a une organisation à la fois ultra-professionnelle dans sa structure hiérarchique et dans son idéologie très forte et aguerrie, et de l'autre côté, la fluidité propre aux mouvements de guérilla. Donc finalement l'armée israélienne se trouve confrontée à un problème qu'elle n'a jamais connu sous cette forme. Auparavant, on avait eu des guerres classiques, dans lesquelles l'armée israélienne se confrontait à des armées de type régulier, et même dans l'invasion du Liban de 1982, il y avait eu une confrontation de type classique, et d'un autre côté, les groupes palestiniens, Hamas, Fatah..., étaient finalement des groupes relativement petits, identifiables sur un espace restreint. Là, nous sommes dans une situation très différente dans les deux cas.
Saladin : Pensez-vous que l'armée israélienne sera perçue de manière aussi dissuasive auprès des puissances régionales après ses combats contre le Hezbollah ?
Jean-François Daguzan : Cette question pose surtout la question de la nature de la guerre et de la forme des guerres à venir. La situation dans laquelle se trouve l'armée israélienne met en question sa capacité à répondre à tous les types de menaces. Et si la défense israélienne peut répondre depuis l'attaque nucléaire jusqu'à la guerre conventionnelle, on voit bien que ce nouveau type de guerre lui pose un problème de fond. Donc effectivement, pour répondre à votre question, on peut considérer que cette nouvelle situation peut créer des mouvements de doute de la part de ceux qui s'appuient sur Israël comme puissance régionale.
Pierre Streit : Les Israéliens semblent surpris par la résistance et les préparatifs du Hezbollah au Liban sud depuis 2000. Comment appréciez-vous le travail des services de renseignement israéliens ? Ont-ils donné l'alarme ?
Jean-François Daguzan : Je pense qu'il y a eu un défaut des services de renseignement israéliens. Les services de renseignement militaire en l'occurrence ont sous-estimé la capacité du Hezbollah, tant en termes d'organisation que de résistance. De la même façon, je crois qu'ils ont mal compris la capacité du Hezbollah à tirer parti d'une situation tactique, à savoir celle de l'attaque israélienne sur Gaza à la suite de l'enlèvement du soldat Shalit.
Blanc : La succession des officiers supérieurs aux commandes de l'Etat ne constitue-t-elle pas un danger permanent sur la doctrine et la stratégie militaire ?
Jean-François Daguzan : Peut-être faut-il retourner la question, car dans le cas particulier, ce n'est pas cette situation qui prévaut. Le premier ministre n'a jamais fait la guerre ni eu de commandement comme les anciens premiers ministres. Et le ministre de la guerre lui-même était un syndicaliste avant d'être militaire. La vraie question demeure l'influence que l'état-major peut faire peser sur des hommes politiques non militaires qui se sentent toujours un peu en quête de légitimité, puisque n'ayant pas commandé au feu par exemple. Pour apprécier la situation actuelle, il y a deux hypothèses. La première est que Ehoud Olmert a cédé à l'influence de l'état-major qui a voulu faire une démonstration de force dans les deux cas, et qui dans l'affaire libanaise ne parvient pas à la gérer complètement. La deuxième : le fait qu'Ehoud Olmert ait voulu montrer qu'il était capable de décisions aussi fortes, voire brutales, que ses prédécesseurs, et que dans l'hypothèse d'un règlement définitif sur la Cisjordanie, il était capable de se montrer à la hauteur de ses prédécesseurs.
François : Pensez-vous qu'Israël a une stratégie claire et définie, ou tape-t-il un peu au hasard ?
Jean-François Daguzan : Je pense que lorsqu'Israël a engagé les opérations militaires après l'enlèvement des deux soldats, les militaires ont entamé un plan prédéfini préparé sans doute de longue date. Rappelons que cela fait une dizaine d'années que l'armée israélienne souhaite se débarrasser du Hezbollah. Cependant, j'ai aussi le sentiment que ce plan théorique n'était absolument pas adapté à la situation réelle et aux capacités du Hezbollah telles qu'on les découvre maintenant, et que l'armée israélienne s'est trouvée surprise par la capacité de résistance de ce mouvement et par le fait que désormais, il avait démontré sa capacité de frappe en profondeur sur le territoire israélien.
Cyrilaubenas : L'armée israélienne pourrait-elle rééditer le scénario de 1982 et envahir Beyrouth ?
Jean-François Daguzan : On ne peut pas exclure une opération terrestre de grande ampleur, d'autant que les tirs de missiles ne cessent pas (240 hier), dont certains sont d'ailleurs partis du bord de la frontière israélienne. Cependant, je ne crois pas à une invasion qui, comme il y a 15 ans, amènerait l'armée israélienne à Beyrouth. En revanche, on ne peut pas exclure une opération aéroterrestre qui se déploierait de Baalbek à la frontière avec Israël, i.e. une tenaille avec les troupes aéroportées qui aient une action lourde appuyée par des chars visant à détruire l'essentiel du potentiel du Hezbollah, depuis son siège principal jusqu'à la frontière. Le rappel des réservistes israéliens pourrait faire penser à une telle hypothèse. Cela étant, le problème posé aux stratèges israéliens est le niveau de perte que l'armée et le pays sont prêts à accepter pour faire ce travail.
Aurelien : Après Gaza et le Liban, Israël souhaite-t-il et/ou va-t-il étendre ses opérations militaires à d'autres régions du Proche-Orient ?
Jean-François Daguzan : C'est une question difficile. Je crois que le problème libanais est un problème en soi : sécuriser le pays des tirs de missiles sur son sol. Quand on dit missiles, il faut distinguer les tirs de roquettes des missiles de courte portée capables d'aller jusqu'à Tel-Aviv. Et il y a une question plus large qui est la sécurité d'Israël pris dans une dimension régionale. Et là se pose évidemment la question de l'Iran.
Alfred : Israël avec le soutien des Américains ou inversement, est-il en train d'imaginer une frappe sur les installations militaires iraniennes ?
Jean-François Daguzan : C'est une question à laquelle il est difficile de répondre pour l'instant. Mais il est clair que d'une certaine manière, le dossier du nucléaire iranien pourrait finir par être lié au dossier libanais.
Panzer : Pensez-vous à une extension du conflit dans la région, voir l'implication militaire de la Syrie ou de l'Iran ?
Jean-François Daguzan : Je pense que la Syrie va parler beaucoup mais devrait prudemment rester en dehors du conflit. Sauf à imaginer, dans l'hypothèse d'une offensive terrestre israélienne, le fait d'envoyer quelques bataillons se faire sacrifier pour montrer que ce pays a joué un rôle dans la défense du Liban. Mais côté syrien, je pense qu'on est plus dans le déclaratoire que dans l'action. Quant à l'Iran, bien entendu, il s'agit d'un soutien à la fois politique et militaire au Hezbollah, soutien militaire qui est à mon sens devenu impossible techniquement depuis les destructions que le Liban a connues, et je ne crois pas que ce pays et la Syrie prendraient le risque de faire transiter des matériels du côté syrien, ce qui pourrait représenter effectivement une montée en puissance d'un cran des tensions.
Blanc : Si une puissance nucléaire existait dans la région, n'aurait-on pas un équilibre des forces et donc une possibilité d'absence de guerre ?
Jean-François Daguzan : Je pense que vous parlez d'une puissance nucléaire en dehors d'Israël, puisque celui-ci est doté de l'arme nucléaire. Cette question d'une disuassion dite "en miroir" a été souvent débattue par les experts, un peu comme l'Inde et le Pakistan se font face. Le problème est que le nucléaire ne dissuade pas de faire la guerre, le nucléaire dissuade d'aller trop loin dans la guerre. Donc le fait qu'une autre puissance arabe ou arabo-musulmane de la région ait la bombe atomique ne changerait pas grand-chose dans la situation actuelle. L'arme nucléaire représente d'abord et avant tout une garantie suprême, mais n'est pas un facteur a priori capable d'empêcher la guerre.
Piotr : Israël n'a-t-il pas trop compté sur son armée de l'air pour tenter de détruire les forces du Hezbollah, sachant que le chef d'état-major, Dan Halutz, est général de l'armée de l'air ?
Jean-François Daguzan : Cette question est intéressante. Disons que les Israéliens ont voulu au départ limiter leurs propres pertes en vies humaines, vraisemblablement. Et ils ont pensé que des bombardements importants pouvaient finalement compenser un très faible engagement sur le terrain. Malheureusement, ils ont dû constater que le Hezbollah s'était préparé à l'hypothèse d'attaques aériennes et que leurs capacités de défense souterraines avaient été considérablement renforcées. Donc cela nous renvoie aux vieilles leçons de base de la guerre : quand il s'agit d'en terminer avec une force ennemie, c'est sur le terrain terrestre que cela finit. D'autant plus qu'on est dans une situation de guérilla où l'objectif n'est pas très facile à cibler de loin. Le résultat obtenu par les bombardements, en dehors du désastreux effet psychologique qu'ils ont eu, aura peut-être servi à bloquer les approvisionnements logistiques du Hezbollah, peut-être détruit des magasins, entrepôts et autres arsenaux, mais aura eu vraisemblablement peu d'effets sur la capacité militaire intrinsèque du Hezbollah.
Leo : L'un des buts d'Israël est de dissocier le pays libanais du Hezbollah, mais alors pourquoi détruire les insfrastructures du pays qui finalement rapprochent les partis libanais du parti de Nasrallah et soudent la population y compris les chiites proches du Hezbollah ?
Jean-François Daguzan : Je crois que vous avez raison. S'il s'agissait de faire en sorte de briser le lien Hezbollah-Liban, c'est exactement l'inverse qui se produit. Bien avant ces événements, le Hezbollah était populaire au Liban car il représentait pour les Libanais le seul véritable mouvement de résistance. On avait attribué au Hezbollah le retrait unilatéral d'Israël du Liban sud, et cela avait été considéré comme une victoire du Hezbollah. Il est évident qu'après ces événements et les souffrances globales endurées par le peuple libanais, le lien entre l'opinion publique libanaise et le Hezbollah s'est encore plus renforcé, et ce mouvement est en train de devenir non seulement le symbole de la résistance libanaise, mais aussi, plus globalement, le symbole de la résistance arabe contre Israël. Ce qui, du point de vue israélien, est proprement calamiteux. D'une certaine manière, si le but était d'affaiblir le Hezbollah, c'est l'inverse qui se produit. Et je rappellerais que dans la logique des confrontations asymétriques, notamment au Proche-Orient, celui qui n'est pas complètement détruit a gagné. Et là, les 20 jours de guerre qui viennent de se dérouler peuvent déjà être considérés comme une victoire du Hezbollah.
Guerin13 : Ne pouvons-nous pas penser qu'il y a derrière Israël une forte poussée des pays occidentaux dans le but de restreindre l'influence de l'Iran ?
Jean-François Daguzan : Non, je crois qu'il faut modérer cette analyse. Lorsque les hostilités ont commencé après l'enlèvement des deux soldats, il était clair que bon nombre d'Etats occidentaux, à commencer par la France, voyaient d'un bon oeil l'affaiblissement du Hezbollah. Bien sûr, il y a des nuances : les Etats-Unis souhaitent sa destruction, la France son affaiblissement pour qu'il devienne un parti politique comme les autre au Liban. Mais la plupart des pays arabes, en dehors de la Syrie, étaient tout à fait favorables à un affaiblissement significatif du Hezbollah, tout simplement parce qu'il représentait un affaiblissement de l'influence de l'Iran sur la région. Et on a pu constater pendant les deux premières semaines, jusqu'à Cana, un silence sépulcral de bon nombre de pays arabes ou, tout simplement, des protestations très modérées. Certains pays du Golfe allant même jusqu'à dire qu'il fallait laisser les choses se poursuivre un certain temps et que tout le monde y serait gagnant. Je parle bien entendu des positions du gouvernement. Dès le départ, les opinions publiques étaient en phase avec l'action du Hezbollah. Depuis Cana, la situation s'est totalement retournée, et là, les gouvernements arabes ont complètement fait bloc avec leurs opinions publiques, car la position israélienne était devenue indéfendable. D'une certaine manière, les Israéliens ont perdu la guerre de l'image, et on voit bien également que les Etats occidentaux, Etats-Unis y compris, commencent à se sentir très mal à l'aise par rapport à une violence israélienne de plus en plus considérée comme excessive.
Lamali : Le fait que le Hezbollah organise ses actions militaires au sein de la population civile, sachant que la riposte israélienne produira des dommages collatéraux civils, n'est-il pas l'émergence d'un nouveau paradigme militaire, où le but final n'est pas tant de gagner une bataille que de discréditer l'ennemi sur la scène internationale ?
Jean-François Daguzan : Si, je pense qu'il y a une stratégie derrière tout ça. Il ne faut pas être dupe du fait que le Hezbollah utilise toutes les armes à sa disposition, et notamment celle-ci. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois dans l'histoire récente que des belligérants se dissimulent derrière la population civile. De plus en plus la notion entre le civil et le militaire tend à s'estomper, et depuis la guerre d'ex-Yougoslavie, on voit très bien que la tendance à se battre au milieu de la population civile est devenue une tendance montante. Et évidemment, Israël est confronté à cette énorme difficulté de devoir combattre un ennemi insaisissable au milieu de populations civiles.
Observer : Frapper Tel-Aviv est-elle une hypothèse sérieuse ? Le Hezbollah se garderait-il quelques "cartouches surprises" de Nasrallah ?
Jean-François Daguzan : C'est une hypothèse qu'il ne faut pas écarter. On sait que le Hezbollah a reçu un certain nombre de missiles à courte portée (70 à 100 km) de la part de l'Iran et que si ses rampes de lancement n'ont pas été détruites, le risque d'attaques sur Tel-Aviv est réel. On a pu voir lors des attaques de ces derniers jours que cela s'était considérablement rapproché à plusieurs occasions. Donc je ne crois pas que ce soit forcément du bluff.
Kylou : Peut-il y avoir des attaques-suicides visant des intérêts occidentaux au Proche-Orient ?
Jean-François Daguzan : C'est une menace qu'a fait planer non seulement le Hezbollah, mais également Al-Qaida, qui est venu en renfort médiatique il y a quelques jours. Je rappelle que l'Iran avait annoncé que d'ores et déjà, en cas d'agression militaire, des "centaines", voire des "milliers" de combattants suicides étaient déjà en Occident, prêts à bondir. Derrière ceci, qui peut avoir un aspect plus médiatique que réel, il faut prendre en compte le fait qu'effectivement une dérive du conflit et un accroissement significatif des violences pourraient produire des actes spontanés en Occident. Et que peut-être, derrière des annonces d'une organisation structurée, on ait à connaître des actes de groupes ou d'individus isolés qui prendraient fait et cause pour le Liban et le Hezbollah.
P : Certains disent que c'est une guerre pour le contrôle de l'eau du Litani. Qu'en pensez-vous ?
Jean-François Daguzan : La question a été posée à plusieurs reprises depuis une trentaine d'années, car cela a toujours été un enjeu, notamment pour Israël, et les pays périphériques. On a longtemps dit que la présence des Israéliens au Liban sud tenait plus au fait qu'il fallait contrôler les fleuves côtiers libanais pour qu'Israël puisse utiliser cette ressource à son profit. Dans le cas qui nous occupe, je crois que la question de l'eau est le dernier des soucis des Israéliens. Recevoir des centaines de roquettes et quelques missiles d'un bout à l'autre du territoire israélien est le seul et vrai problème que connaît ce pays.
Gr1ng : Israël a demandé aux Etats-Unis une livraison plus rapide d'armements. Peut-on redouter qu'Israël intensifie ses bombardements ou s'agit-il d'une simple dissuasion ?
Jean-François Daguzan : Je pense qu'Israël va continuer les opérations militaires, aériennes ou terrestres. Le problème auquel Israël est confronté est de prouver qu'il est capable de détruire la capacité militaire du Hezbollah. Jusqu'à maintenant, cela n'a pas été prouvé. Et Ehoud Olmert, dans l'entretien qu'il a donné dans le Monde [journal daté du vendredi 4 août 2006] a clairement signalé qu'il prendrait le temps qu'il faudrait. Donc effectivement, Israël a besoin de munitions.
Jul : Les deux opérations israéliennes en cours (Liban et Gaza) visent des groupes proches de l'Iran. S'ils sont détruits, ce dernier ne disposera plus de moyens directs de rétorsion contre Israël. Tsahal pourrait alors attaquer les sites nucléaires iraniens sans craindre de riposte importante ?
Jean-François Daguzan : En premier lieu, je ne crois pas qu'on puisse dire que le Hamas palestinien ait un lien particulièrement fort avec l'Iran. Le Hamas est avant tout un dérivé des Frères musulmans égyptiens. Qu'il soit soutenu par l'Iran, certainement, car l'Iran soutient tout ce qui représente une capacité de lutte contre Israël. Mais on ne peut lui attribuer un lien quasi filial comme le Hezbollah libanais en a un avec ce pays. Il faut dissocier la problématique du Hamas, qui est spécifique au conflit israélo-palestinien, de la question du Hezbollah, qui, effectivement, est fortement liée à la question iranienne. Pour répondre à votre question, est-ce que la destruction ou l'affaiblissement du Hezbollah pourrait conduire Israël à attaquer l'Iran parce qu'il aurait les mains plus libres ? Je demeure perplexe. En fait, la question d'une attaque visant à détruire les installations nucléaires iraniennes n'est pas que liée à la question libanaise. C'est une question qui va se poser à l'issue des réponses que l'Iran va donner à la fin du mois d'août aux demandes faites par le Conseil de sécurité, et qui n'appellent pas a priori de réponse militaire dans un premier temps. Le seul vrai risque d'une connexion directe du dossier du Hezbollah et du dossier iranien serait une dérive provoquée par une montée en puissance de la violence au Liban de la part des deux belligérants, qui amènerait à impliquer plus directement l'Iran dans le conflit, et donc qui appellerait une réponse israélienne dépassant le strict cadre du Liban sud et, plus largement, du Liban.
Ravel : A ce stade, comment voyez-vous et quand estimez-vous la fin du conflit ?
Jean-François Daguzan : J'aimerais avoir les capacités de prédiction me permettant de donner une estimation. Je crains que nous soyons dans un conflit durable, en tout cas fondamentalement Israël ne peut s'arrêter tant que le Hezbollah représentera une menace pour les villes israéliennes. Et jusqu'à présent, on n'a aucune démonstration que la menace se soit amoindrie, au contraire. Tout pourrait dépendre d'une force d'interposition internationale, mais le problème est que l'idée américaine d'une force internationale serait finalement que cette force fasse le travail d'Israël et désarme le Hezbollah, ce qui à mon sens est inenvisageable, en tout cas d'un point de vue français. Et si une force internationale devait venir s'interposer – ce que tout le monde souhaite d'ailleurs –, cela ne pourrait être possible qu'avec l'accord des deux parties. Ce qui implique un cessez-le-feu accepté par les deux belligérants, ou qu'un de ceux-ci ne soit plus en état de faire part de son opinion. Donc pour l'instant, je ne vois pas les hostilités cesser dans la mesure où aucune des conditions de la paix ne sont vraiment réunies. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Après s'être difficilement accordés sur un projet de résolution appelant à "une cessation complète des hostilités" au Liban, la France et les Etats-Unis se sont efforcés, samedi 5 et dimanche 6 août, de rallier le soutien des treize autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU et du Liban, qui a présenté des objections.
Projet de résolution
1 - CESSATION DES HOSTILITÉS.
Le Conseil de sécurité "appelle à une cessation complète des hostilités fondée sur la cessation immédiate par le Hezbollah de toutes les attaques, et la cessation immédiate, par Israël, de toutes les opérations militaires offensives".
2 - NÉGOCIATION D'UNE SOLUTION POLITIQUE.
Le Conseil de sécurité "appelle Israël et le Liban à soutenir un cessez-le-feu permanent et une solution de long terme fondée sur les principes et éléments suivants :
- délimitation des frontières internationales du Liban, y compris le secteur des fermes de Chebaa ;
- établissement, entre la ligne bleue et le fleuve Litani, d'un secteur dépourvu de tout personnel armé, de moyens et d'armes autres que ceux des forces armées libanaises et des forces internationales mandatées par l'ONU ;
- désarmement de tous les groupes armés au Liban."
3 - DÉPLOIEMENT D'UNE FORCE MULTINATIONALE.
Le Conseil de sécurité "exprime son intention", avec l'accord d'Israël et du Liban, "d'autoriser, par une nouvelle résolution sous chapitre VII de la Charte, le déploiement d'une force internationale sous mandat de l'ONU, pour aider les forces armées libanaises et le gouvernement à fournir un environnement sûr et contribuer à la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu permanent et d'une solution de long terme".
[-] fermer
Les pays arabes et le Hezbollah ont critiqué le texte, alors que le gouvernement israélien, quoique favorable selon la presse israélienne, refusait de se prononcer publiquement. Une nouvelle version du texte, amendé pour prendre en compte les réticences de Beyrouth, devait être présentée au Conseil de sécurité, lundi, pour une possible adoption, mardi au plus tôt, en présence des ministres des affaires étrangères des pays membres.
Le projet initial, soumis samedi au Conseil, a été le fruit d'un compromis entre la France, qui souhaitait une "cessation immédiate des hostilités", et les Etats-Unis, qui réclamaient une formulation plus vague, permettant à Israël de poursuivre une partie de ses opérations. Les deux pays ont fini par s'entendre sur un texte qui appelle à "une cessation complète des hostilités", fondée sur " la cessation immédiate, par le Hezbollah, de toutes les attaques" et "la cessation immédiate, par Israël, de toutes les opérations militaires offensives". Israël ne serait donc pas tenu d'interrompre ses opérations "défensives" - un concept sujet à interprétation - ni de se retirer du Liban dès l'adoption du texte.
"Il est important de mettre un terme aux violences à grande échelle comme le tir de roquettes sur Israël et les opérations militaires offensives de grande ampleur", a déclaré, dimanche, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, qui a estimé qu'un vote sur le projet franco-américain était possible, en dépit des réserves de certains, en début de semaine.
"Nous verrons qui est pour la paix, et qui ne l'est pas", a-t-elle prévenu, reconnaissant cependant ne pas pouvoir "écarter la possibilité d'escarmouches pendant un certain temps". Le texte est "un pas important vers une cessation des opérations militaires", a aussi estimé la chancelière allemande, Angela Merkel.
"INTÉGRITÉ TERRITORIALE"
Selon le scénario franco-américain, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) serait appelée à surveiller le respect de la cessation des hostilités et à "accroître" son aide pour "assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour, dans la sécurité, des personnes déplacées".
Le projet appelle ensuite Israël et le Liban à négocier "un cessez-le-feu permanent et une solution de long terme", s'appuyant notamment sur un "strict respect de l'intégrité territoriale" des deux pays, la "délimitation des frontières internationales du Liban" (y compris dans le secteur contesté des fermes de Chebaa), l'établissement d'une zone tampon entre le fleuve Litani et la "ligne bleue" (dont Israël et le Hezbollah seraient exclus), "le désarmement de tous les groupes armés au Liban", un "embargo sur les armes" non autorisées par le gouvernement libanais, et la remise, par Israël, des cartes des champs de mines laissés dans le Liban sud.
Sur la base de cet accord, le texte franco-américain demande au Conseil de sécurité d'"exprimer son intention", avec "l'approbation" d'Israël et du Liban, d'"autoriser, dans une nouvelle résolution sous chapitre VII de la charte de l'ONU, le déploiement d'une force internationale" qui aurait pour mandat de "soutenir", dans la zone tampon, les forces armées libanaises et de "contribuer à la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu permanent". Seulement après le déploiement de cette force, qui, selon des diplomates, pourrait être dirigée par la France, les troupes israéliennes devraient se retirer du Liban.
Après la présentation du projet de résolution au Conseil, l'ambassadeur de France à l'ONU, Jean-Marc de la Sablière, s'est dit "encouragé par les premières réactions". Les réserves libanaises ont malgré tout retardé "la mise en bleu du texte" (son dépôt officiel, qui autorise un vote après un délai de 24 heures) et, dimanche soir, le diplomate français admettait devoir "prendre en compte les préoccupations de tous". Au sein du Conseil, seul le Qatar aurait émis de sérieuses réserves, et déposé une liste d'amendements, peu susceptibles, d'après les auteurs de la résolution, d'être retenus.
Selon des sources diplomatiques, les modifications apportées au texte devaient toucher à la question du retrait israélien et à celle des fermes de Chebaa, occupées par Israël, appartenant, selon l'ONU, à la Syrie, revendiquées par le Liban, et servant de prétexte au Hezbollah pour poursuivre la lutte armée.
Philippe Bolopion _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
A l'ouverture d'une conférence des ministres de la Ligue arabe à Beyrouth, le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a énuméré les attaques qui ont fait le plus de morts civils depuis le début de l'offensive israélienne le 12 juillet. "Le dernier massacre a eu lieu il y a quelques heures, c'est un carnage épouvantable à Houla où plus de 40 martyrs sont tombés", a-t-il affirmé.
Selon un premier rapport de police, 45 civils sont enfouis sous les décombres de maisons détruites à Houla et dans deux villages voisins, théâtres de violents affrontements entre Israël et le parti chiite libanais Hezbollah dans la nuit de dimanche à lundi. La chaîne de télévision Al-Arabiya a également rapporté des propos de témoins faisant état de 40 morts. Mais ce bilan reste difficile à vérifier sur le terrain, alors que les bombardements se poursuivent.
Le général Adnane Daoud, commandant d'une force mixte de l'armée et de la police déployée au Liban sud, a expliqué ne pas pouvoir obtenir un bilan des victimes, les bombardements se poursuivant sur Houla, Markaba et Taïbé, trois villages proches de la frontière. "Je peux affirmer que dans au moins une des maisons entièrement détruites, celle de Diab Moussa Abboud à Houla, il y avait 18 personnes dont le sort est inconnu. Il y a également des maisons habitées entièrement détruites à Markaba et Taïbé. Les raids se poursuivent sur ces localités et les vallons qui les entourent de manière telle que nous n'arrivons pas à les compter", a-t-il dit.
BOMBARDEMENTS INTENSIFS
Lors de son discours devant les ministres des affaires étrangères arabes, Fouad Siniora a demandé l'aide des pays voisins, la voix étouffée par les sanglots. "Nous n'acceptons plus que le Liban soit un champ de bataille pour les combats des autres, quelles que soient les justifications". Il a de nouveau appelé à un cessez-le-feu immédiat et complet, et à une position arabe unifiée pour mettre fin à la crise. Son discours a été accueilli par une ovation des ministres, qui se sont tous levés.
En costume bleu, la voix posée, lisant son texte, il n'a pu contenir son émotion en demandant leur aide pour obtenir un "cessez-le-feu immédiat et inconditionnel suivi d'un retrait rapide de l'armée israélienne et le déploiement jusqu'à la frontière des soldats libanais, épaulés par un contingent renforcé des casques bleus de l'ONU au Liban sud." Fouad Siniora a réitéré les sept points de son plan global de règlement du conflit frontalier, soulignant qu'une partie de "ce programme ne plaît pas naturellement à Israël".
L'aviation israélienne a pilonné le pays sans relâche, tuant une trentaine de civils, détruisant routes et maisons. A Tyr, la cité portuaire à 83 kilomètres au sud de Beyrouth, complètement isolée du reste du pays, au moins cinq civils ont été tués dans l'effondrement d'un bloc de trois immeubles, cible de deux raids successifs, selon des secouristes. Par ailleurs, les corps de huit civils ont été dégagés des décombres d'une maison, détruite dans un bombardement israélien à Ghaziyé, sur le littoral au sud de Saïda, où les secouristes étaient en contact avec une victime toujours vivante.
Seize personnes avaient auparavant été tuées depuis l'aube, notamment sept civils morts sous les décombres de leur maison détruite dans un raid sur Ghassaniyé, un village au sud de Saïda jusque-là épargné.
L'OFFENSIVE ISRAÉLIENNE POURRAIT PRENDRE DE L'AMPLEUR
Au lendemain de la journée la plus sanglante pour l'Etat hébreu depuis le 12 juillet, avec quinze Israéliens, dont douze soldats, tués dimanche sous les roquettes du Hezbollah, une partie du commandement militaire israélien a prôné un élargissement de l'offensive terrestre contre le Hezbollah.
Ehoud Olmert a rencontré les responsables de Tsahal près de la frontière libanaise. "Le premier ministre a tenu une réunion pour faire le point avec le commandement Nord durant laquelle ont été discutés les combats au Liban, les tirs de roquettes sur Israël et l'évolution à venir", indiquent laconiquement les services d'Olmert dans un communiqué. Cette visite accrédite la thèse d'un élargissement de l'offensive. Selon le quotidien Haaretz, l'armée israélienne compte attaquer des infrastructures stratégiques et des symboles du gouvernement libanais. "Nous sommes à présent dans un processus d'escalade. Nous allons frapper tout ce qui bouge chez le Hezbollah, mais nous allons aussi frapper des infrastructures civiles stratégiques", a déclaré un officier de haut rang, membre de l'état-major interarmées, au journal.
"Il faut une occupation de deux à trois semaines d'une zone de sécurité au Liban sud, puis un nettoyage de ce secteur pour diminuer sensiblement les tirs de roquettes à courte portée", a pour sa part déclaré le ministre sans portefeuille Eytan Cabel. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Un rempart de fumée grisâtre barre la route en lacets qui mène au kibboutz Kfar Giladi. Des flammes ravagent la forêt de pins qui entourent la localité de 500 habitants située à 5 kilomètres de la frontière israélo-libanaise, en surplomb de la ville de Kyriat Shemona.
Dimanche 5 août, en fin de matinée, une salve de Katioucha s'est abattue autour des installations agricoles du kibboutz. L'une des roquettes a atterri sur le parking d'entrée, qui, depuis trois jours, servait de campement de fortune à une unité de parachutistes israéliens.
Au moment de l'impact, certains se reposaient sur des matelas de mousse, à l'ombre d'une rangée de cyprès, tandis que d'autres assistaient à un briefing des officiers. La frappe a fait douze morts et douze blessés, tous réservistes.
"En Israël, chaque victime de guerre est une tragédie qui est ressentie de façon très intime par l'ensemble de la population, soupire un militaire. Mais, aujourd'hui, le coup est d'autant plus rude que ces soldats sont morts sans avoir eu la chance de pouvoir se défendre."
En fin d'après-midi, les pompiers sont encore affairés à éteindre les feux de broussailles provoqués par l'explosion. Des membres de l'organisation de secouristes ultraorthodoxes Zaka collectent les ultimes lambeaux de chair répandus sur le bitume.
"L'ARMÉE N'EST PAS AU POINT"
Les reporters des télévisions israéliennes enchaînent les interventions en direct pour commenter le bombardement - le plus meurtrier depuis le début du conflit.
"J'étais passé voir les soldats aux alentours de 8 heures du matin, raconte José Cogoluegnes, le gardien du kibboutz. Il y avait une cinquantaine de réservistes présents. On entendait des explosions. On a l'habitude. Au fur et à mesure de la matinée, des soldats se sont dispersés dans le kibboutz. Le bilan aurait pu être encore plus lourd."
D'après un résident du kibboutz, cité par le quotidien israélien Haaretz, l'alerte a été donnée quelques minutes avant la déflagration. Si la plupart des habitants se sont précipités dans les abris, les soldats n'ont pas jugé bon d'évacuer le parking. "Ce drame n'aurait pas dû arriver", dit-il. Un soldat rejette la critique : "Il y a une sirène toutes les heures. C'est la routine. Pour les troupes sur le terrain, il n'y a pas de refuge possible en cas d'alerte."
Les carcasses calcinées de deux voitures sont évacuées par une remorqueuse. Sagi Tzipori, un habitant du kibboutz, observe la scène avec un regard amer. "On sent bien que l'armée n'est pas au point. En dépit de tout ce qu'elle fait, le Hezbollah continue de nous bombarder. Le gouvernement s'attendait à une campagne éclair, mais c'était oublier que le Hezbollah a eu six années pour se préparer. Lorsque la guerre va se terminer, ce ne sera peut-être pas une défaite pour Israël, mais ce ne sera pas non plus une victoire, loin de là même."
Un officier déplie une carte militaire. Avec de grands gestes de la main, il décrit le déploiement des batteries d'artillerie le long de la frontière. Son exposé est interrompu par le fracas d'une explosion, cent mètres plus loin. Un panache de fumée s'élève au-dessus d'un hangar. Une Katioucha vient de s'écraser sur le kibboutz Kfar Giladi. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
La guerre qui fait rage actuellement au Liban n'est pas celle du monde arabe contre Israël, mais plutôt celle des forces radicales de la région - du Hamas et du Djihad islamique palestiniens comme du Hezbollah libanais, avec l'appui de la Syrie et de l'Iran - rejetant fondamentalement tout accord avec Israël.
Trois éléments ont joué en faveur du conflit : soulager le Hamas de la pression exercée au sein de la communauté palestinienne vers la reconnaissance d'Israël ; saper la démocratisation du Liban, qui marginalisait la Syrie ; enfin, éviter le débat autour du programme nucléaire de l'Iran, tout en permettant à celui-ci de montrer à l'Occident de quels "outils" il dispose en cas de conflit.
Les gouvernements arabes modérés sont tout à fait conscients des enjeux de cette guerre : l'hégémonie régionale de la Syrie sur le Liban et la Palestine et, à une plus grande échelle, l'hégémonie revendiquée par l'Iran sur tout le Moyen-Orient. Toutefois, la guerre au Liban et à Gaza pourrait bien se révéler le résultat d'une grave erreur d'appréciation de la part des radicaux. Lancer des missiles sur Haïfa, troisième ville la plus importante d'Israël, constituait la limite à ne pas franchir. Cet acte aura de graves répercussions, car il a mis en lumière qu'au-delà des questions de territoire, de restitution, ou d'occupation, le projet radical posait la question de la pérennité d'Israël.
Mais le front radical du refus a sous-estimé la détermination d'Israël ainsi que sa force de dissuasion. Il a aussi révélé au monde entier les aspirations hégémoniques de l'Iran. La folie de cette situation est évidente : il ne faut pas beaucoup d'imagination pour voir ce à quoi le Moyen-Orient ressemblerait si une protection nucléaire iranienne abritait les radicaux. Et ce mauvais calcul deviendra flagrant à mesure que quatre éléments s'imposeront dans ce conflit :
- le refus d'Israël de se laisser aspirer dans un conflit terrestre au Liban ;
- la mise en oeuvre de la résolution 1559 des Nations unies, qui prévoit le désarmement de toutes les milices du Liban avec l'aide de la communauté internationale et rend tout retour au statu quo impossible ;
- la transformation de la coalition composée de pays arabes modérés (dont les Palestiniens modérés), et pour l'heure à l'état de germe, en initiative de paix robuste et sérieuse ;
- l'engagement solide du Quartet, avec une forte participation des Etats-Unis, pour trouver enfin une solution viable à la question de la Palestine et pour apporter à ce pays les garanties politiques, économiques et militaires nécessaires à sa survie.
Israël a un rôle essentiel à jouer. Par deux fois, il a procédé à des retraits unilatéraux de ses troupes derrière ses frontières, au Liban sud et à Gaza. Par deux fois, la "terre de paix" prônée par Israël s'est transformée en "terre de guerre".
Israël vit donc sous la menace, et l'idée de faire la paix avec ses voisins arabes semble plus improbable que jamais. Pourtant, je pense que cette guerre au Liban peut ouvrir une nouvelle voie au processus de paix.
Plus tôt le feu cessera, mieux ce sera. N'oublions pas que c'est le clash au sein du Hamas sur la question de la reconnaissance d'Israël qui a déclenché le conflit. Et n'oublions pas, non plus, la position des gouvernements arabes modérés au sujet de cette guerre et des intentions cachées de ceux qui l'ont provoquée.
La sécurité d'Israël rend la restructuration interne du Liban et la garantie de la souveraineté de l'Etat non négociables. C'est précisément maintenant qu'il faut jouer la carte syrienne et amener le président Bachar Al-Assad sur la voie de la normalisation. Avec le plateau du Golan, Israël détient entre ses mains l'élément-clé. Sans la Syrie, l'Iran serait isolé, et la situation en Irak bénéficierait également d'un tel changement. Finalement, la situation n'est pas si désespérée pour les Palestiniens. Les responsables du Fatah et du Hamas détenus dans les prisons d'Israël sont parvenus à un consensus sur l'acceptation d'un Etat palestinien à l'intérieur des frontières de 1967. Il convient d'encourager cette nouvelle réalité palestinienne. Mais, en toute honnêteté, un retour à la configuration de juin 1967 ne me paraît pas envisageable.
En Israël, la prise de conscience d'une menace stratégique sera-t-elle à l'origine d'une approche nouvelle qui rendra les débats sur la terre et les colonisations obsolètes ? Quoi qu'il en soit, on peut penser que, face à une guerre qui menace l'existence même du pays, les questions de sécurité régionale se verront accorder davantage d'importance. Mais quelle stratégie adoptera Israël en matière de sécurité pour l'avenir ?
A l'heure actuelle, l'Etat hébreu met l'accent sur sa force de dissuasion massive, mais il serait sage qu'il profite de sa position de force pour prendre l'initiative politique et diplomatique afin de proposer une paix totale à tous ceux qui reconnaissent déjà son existence et se prononcent en faveur d'une renonciation permanente à la violence, pas seulement dans les mots, mais aussi dans les faits.
Le temps est maintenant venu de voir les choses en grand, tant pour Israël et ses voisins que pour les Etats-Unis et l'Europe. Cette guerre offre une chance de paix durable. Ne la laissons pas nous filer entre les doigts.
Joschka Fischer, ancien ministre des affaires étrangères et vice-chancelier de l'Allemagne. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
L'accord franco-américain sur un projet de résolution relatif au Liban n'a eu aucune incidence sur le Hezbollah et l'armée israélienne, dont les échanges de bombardements aussi bien que les combats dans la région frontalière sont restés, dimanche 6 août, très intenses.
Plus de 170 roquettes du Hezbollah se sont abattues sur Israël, un chiffre équivalant aux tirs des précédents jours. Douze réservistes de Tsahal ont trouvé la mort dans l'explosion d'une roquette Katioucha sur leur site de campement, en lisière du kibboutz Kfar Giladi, à quelques kilomètres de la frontière israélo-libanaise. Trois civils ont également été tués à Haïfa lorsqu'une vingtaine de roquettes se sont écrasées sur le quartier arabe de Wadi Nisnas.
En réponse à ces tirs, l'armée israélienne entend intensifier ses frappes sur le Liban. Selon un général membre de l'état-major, cité par le quotidien israélien Haaretz, l'aviation pourrait s'attaquer à des symboles du gouvernement libanais et à des infrastructures civiles stratégiques. "Nous sommes à nouveau dans un processus d'escalade, dit-il. Nous allons continuer à bombarder tout ce qui bouge du côté du Hezbollah, mais nous allons aussi frapper des infrastructures civiles."
Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, et le ministre de la défense, Amir Peretz, devaient se réunir, lundi, pour discuter des suites à donner à l'offensive de Tsahal. Pour l'instant, la plupart des ministres du gouvernement Olmert s'opposent à une expansion de l'opération terrestre en cours.
Mais, si le Hezbollah ne cesse pas ses tirs d'ici à la fin de la semaine, la hiérarchie militaire pourrait recommander que les troupes, déployées au sol et maintenues jusque-là dans une bande de 6 à 8 kilomètres au nord de la frontière libanaise, s'emparent de toute la zone au sud du fleuve Litani, qui coule à plus de vingt kilomètres de la "ligne bleue".
INTENSIFICATION DES RAIDS
Avec le renforcement prévu des bombardements, un membre de l'état-major, cité par Haaretz, prédit que "le Liban pourrait se retrouver dans le noir pour les prochaines années". L'aviation et la marine israéliennes ont intensifié de leur côté le bombardement de localités dans les régions de Tyr et de Saïda, dans le sud du pays, dans la Bekaa, à l'est, ainsi que sur la banlieue sud de Beyrouth, qui connaissait un certain répit depuis quelques jours. De nouveaux raids aériens contre les régions de Roueïss, Haret Hreïk et Bir Al-Abed ont encore eu lieu, lundi, aux premières heures du jour.
Par ailleurs, tandis que les combats entre le Hezbollah et l'armée israélienne continuent dans la zone frontalière, l'ONU, à Beyrouth, a établi une estimation chiffrée de la situation démographique dans cette zone. Sur un total de 120 925 Libanais qui résident dans les 38 localités libanaises les plus proches de la frontière, dans la zone d'opération de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), il ne restait plus, dimanche, selon l'ONU, que 22 000 personnes environ. Elles sont réparties dans onze localités : Naqoura, Al-Boustan, Aïta Al-Chaab, Srifa, Ramia, Kfarchouba, Khiam, Wazzani, Alma Al-Chaab, Tayr Harfa et Markaba.
Près de 400 personnes, pour la plupart des vieillards et des malades, sur les 10 000 résidents originels, sont restées dans le bourg de Meïss Al-Jabal. Les localités de Houlé, Yarine et Fraddis seraient totalement désertes, selon la même source, qui n'a pas fourni des indications précises sur les 23 localités restantes.
Toujours d'après l'ONU, la quasi-totalité des villages où demeurent encore quelques habitants a un besoin urgent d'eau potable, de produits alimentaires et d'autres denrées de première nécessité.
Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a souligné que la situation des centaines de milliers de personnes déplacées de leurs foyers devenait de plus en plus difficile au fil des jours et exerçait une "pression énorme sur les établissements publics et les familles qui les accueillent".
Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a lancé une campagne de vaccination des enfants.
Mouna Naïm et Benjamin Barthe _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Ãîëîñîâàíèå ïî ðåçîëþöèè ñîñòîèòñÿ íå ðàíåå ïÿòíèöû, ïîëàãàþò àìåðèêàíñêèå äèïëîìàòû. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Liban : le désarmement du Hezbollah au cœur des discussions sur la Finul renforcée
LEMONDE.FR | 16.08.06 | 07h14 • Mis à jour le 16.08.06 | 09h39
Les Nations unies ont émis l'espoir mardi 15 août que le début du déploiement d'une Finul renforcée intervienne d'ici deux semaines au Liban sud pour superviser la trêve précaire observée depuis lundi entre Israël et le Hezbollah.
"Notre espoir est qu'un déploiement d'environ 3 500 soldats puisse se mettre en place d'ici dix jours à deux semaines", a confié à la presse Hedi Annabi, assistant du secrétaire général des Nations unies pour les questions de maintien de la paix. Bien que l'ONU tente d'accélérer le déploiement de la force internationale, il pourrait falloir, de l'aveu même de son secrétaire général, des semaines, voire des mois, pour réunir les conditions énoncées dans la résolution adoptée vendredi par le Conseil de sécurité pour un cessez-le-feu.
Bombardement meurtrier à Gaza
L'aviation israélienne a tiré, dans la nuit du mardi 15 au mercredi 16 août, un missile sur un immeuble de Khan Younes, dans le sud de la bande de Gaza, tuant un activiste des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa et son père. Une dizaine d'autres personnes ont été blessées. L'armée israélienne a affirmé avoir visé un entrepôt d'armes et prévenu ses occupants de quitter les lieux avant l'attaque.
Au moins 177 Palestiniens et un militaire israélien ont péri dans les opérations israéliennes lancées le 28 juin pour retrouver un soldat israélien capturé trois jours plus tôt par des groupes armés palestiniens et mettre fin aux tirs de roquettes artisanales contre le sud d'Israël. (AFP, Reuters)
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Le Conseil de sécurité a autorisé le déploiement de 15 000 casques bleus. La France – qui pourrait fournir entre 2 000 et 4 000 hommes –, constituerait la colonne vertébrale de cette force. L'Italie a confirmé lundi qu'elle pourrait envoyer jusqu'à 3 000 soldats. L'Allemagne a laissé entendre qu'elle pourrait y participer. Le Maroc, l'Indonésie, la Turquie, l'Espagne, la Belgique, le Portugal ou la Malaisie figurent parmi les pays susceptibles de s'y joindre.
DOUSTE-BLAZY À BEYROUTH
Selon les milieux diplomatiques, Paris se trouve sous la pression conjuguée de toutes les parties concernées pour donner un rapide feu vert à l'envoi de troupes. "Tant qu'elle n'a pas envoyé ce signal, les autres pays sollicités hésiteront à s'engager", selon une source diplomatique. Mais avant de s'engager, la France souhaite obtenir des assurances de la part du Liban, et notamment celle qu'elle n'aura pas à se charger du désarmement du Hezbollah. Elle estime que cette tâche serait quasiment suicidaire pour ses troupes. D'autant qu'elle a expérimenté les dangers d'une participation à une force multinationale au Liban : en octobre 1983, 58 parachutistes français avaient été tués dans l'explosion de l'immeuble qui les abritait à Beyrouth, le Drakkar.
Mercredi, un général et un colonel français doivent rencontrer les responsables du département des opérations de maintien de la paix au siège new-yorkais de l'ONU. Le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a repris le chemin de Beyrouth où il doit discuter avec le gouvernement libanais des conditions du déploiement de cette force. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Démesure et impuissance, par Réda Benkirane
LE MONDE | 15.08.06 | 12h23 • Mis à jour le 15.08.06 | 12h23
La guerre d'Israël au Liban contre le Hezbollah est marquée du double sceau de la démesure et de l'impuissance. Le rapport des forces est dans la région de 1 à 10 du point de vue des morts, de 1 à 10 000 du point de vue des prisonniers et des destructions occasionnées. En représailles de la capture de deux soldats de Tsahal, tout un pays, détruit, meurtri, a été pris en otage.
Depuis que les Etats arabes ont définitivement renoncé à un affrontement militaire avec l'Etat d'Israël, qu'ils ont reconnu son droit à l'existence, l'écrasante supériorité militaire de celui-ci (grâce à l'aide massive et indéfectible des Etats-Unis) et l'impunité de ses opérations en Palestine et au Liban posent éminemment problème. Cet arsenal et cette puissance de feu sans équivalent dans la région menacent des sociétés civiles, en plein essor, y compris l'israélienne, qui se retrouvent l'otage d'un nationalisme sans frein.
La disproportion au sein de ce conflit transforme en déséquilibre une donne démographique et géographique où Israël - population de 7 millions - est entouré par quelque 300 millions d'Arabes. L'annexion unilatérale de Jérusalem oppose quelque 14 millions de juifs à 1,2 milliard de musulmans.
Pour décrire ce contexte et justifier l'usage démesuré de la violence militaire par Israël, la métaphore utilisée est celle de "la villa au milieu de la jungle" formulée par Ehoud Barak : la jungle est un milieu hostile, qu'il s'agit de baliser, de normaliser et c'est donc la mission dont se sentent investis les dirigeants israéliens, qui oeuvrent au "combat du monde civilisé", "occidental", contre "l'obscurantisme oriental". Cette perception de la jungle arabe islamique emplie de forces maléfiques va dans le sens du projet de "Grand Moyen-Orient" du président Bush, maquette géopolitique teintée de messianisme biblique et qui n'engendre que le chaos.
La démocratie israélienne est largement déterminée par la part du budget national consacrée à son armée et par le poids prépondérant de celle-ci dans la vie politique - "une armée qui dispose d'un Etat" plutôt que son contraire, font remarquer non sans ironie les citoyens israéliens. C'est donc une démocratie très militaire où la vie d'un soldat importe infiniment plus que celle d'un civil israélien, et où, ces dix dernières années, trois premiers ministres étaient des généraux (Rabin, Barak et Sharon). Et l'on se demande si ce n'est pas leur statut de civils qui ont poussé Olmert et Péretz à une surenchère militariste au Liban - Shimon Pérès avait commis la même erreur dix ans auparavant, toujours au Liban.
C'est à Beyrouth qu'avait été formulée l'une des rares propositions cohérentes des Etats de la Ligue arabe : l'offre de paix de 2002 - restée sans réponse de la part d'Israël. L'impuissance des dirigeants arabes à agir est aujourd'hui d'autant plus incompréhensible et intolérable pour leurs opinions publiques. Les Etats arabes ne sont pourtant pas dénués de moyens de pression, car ils détiennent une arme de dissuasion puissante - celle du pétrole et du gaz.
L'impuissance de ces dirigeants régionaux trouve son reflet dans celle des dirigeants occidentaux à imposer rapidement un cessez-le-feu. Cette impuissance-là découle de la manière asymétrique dont sont perçus et traités les problèmes du Moyen-Orient : un distinguo que j'appellerais ethno-logique est établi, selon qu'il s'agisse de judéo-israéliens ou d'arabo-musulmans. Ce prisme est nourri du complexe de culpabilité surgi après le génocide des juifs par les nazis et contribue à alimenter les tensions et la poursuite du conflit.
Mais l'impuissance la plus tragique est celle de l'Etat d'Israël qui, après presque soixante ans d'existence, n'est toujours pas en mesure d'offrir la sécurité et la paix à ses concitoyens.
Le cul-de-sac existentiel réside désormais dans le rapport à soi, plus particulièrement dans le lien circulaire entre la puissance et l'impuissance d'Israël. Plus l'Etat accroît sa puissance de feu, plus la société se sent faible, a peur et se perçoit comme victime ("le monde entier est contre nous"). En tentant vainement de résoudre un problème essentiellement d'ordre politique - le déni de l'indépendance et de la souveraineté du peuple palestinien -, l'exercice dévastateur de la puissance militaire israélienne crée de plus dans tout le monde arabo-musulman une haine à terme destructrice. Toute victoire militaire dans les conditions actuelles s'avère un échec politique et crée une menace pour le futur.
Car Israël - qui se veut l'Etat de tous les juifs - est davantage prêt à se dessaisir de la paix que des territoires palestiniens, plutôt du temps que de l'espace. Alors que l'arrimage au temps fit la force du peuple juif, la sacralité de la terre ou l'échange faustien de l'espace contre le temps est une tournure nouvelle de son histoire.
Si, dans toutes ses négociations, Israël s'est montré si tenace pour ne rien rétrocéder sans contrepartie palestinienne, il s'est, dans une attitude suicidaire, dessaisi du temps (c'est finalement l'unique objet d'une paix viable) pour l'offrir comme arme à tout le monde arabo-musulman.
L'impuissance symbolisée par l'inefficacité du feu israélien et l'impasse représentée par le mur de séparation construit en Cisjordanie : tel est le prix de l'oubli de la parole biblique, qui affirme que "ce n'est pas la force qui fait le vainqueur". Quand donc des sages prendront-ils en main les destinées du pays pour l'engager non pas dans une paix tactique mais dans la réconciliation définitive avec ses voisins et l'intégration à un Moyen-Orient au potentiel gigantesque ? Où sont donc les prophètes d'Israël ?
Réda Benkirane _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà