Les cités ont connu une nouvelle nuit de tension
LE MONDE | 28.10.06 | 17h18
Les banlieues françaises ont connu une nuit agitée, un an après la mort de deux adolescents électrocutés à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et le déclenchement de trois semaines d'émeutes. De source policière, 277 véhicules ont été incendiés, dont 43 par propagation des flammes, sur l'ensemble du territoire, dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 octobre. La moitié environ des incendies ont été recensés en Ile-de-France, dont 59 en Seine-Saint-Denis. Le ministère de l'intérieur n'a pas souhaité donner de chiffres, pour éviter tout phénomène de propagation.
Ces chiffres sont plus élevés que la moyenne habituelle (entre 70 et 100 véhicules brûlés par jour en France) mais inférieurs à ceux connus pendant les émeutes de 2005 (jusqu'à 1 400 voitures par nuit). Quatre policiers ont été légèrement blessés. La police a procédé à une quarantaine d'interpellations pour incendies volontaires ou jets de projectiles sur les forces de l'ordre. Aucun édifice public ou privé n'a été touché sévèrement. Les affrontements entre forces de l'ordre et jeunes sont restés rares, malgré "quelques velléités" signalées à Toulouse et Montfermeil (Seine-Saint-Denis) notamment.
"C'est une grosse nuit mais ça aurait pu être pire étant donné le contexte", a commenté une source policière au ministère de l'intérieur. Quelque 4 000 policiers supplémentaires avaient été mobilisés.
NOUVEAUX INCENDIES DE BUS
Les deux incidents les plus sérieux ont eu lieu en Seine-Saint-Denis. Au Blanc-Mesnil, deux bus ont été attaqués, puis incendiés, par des hommes cagoulés, dont certains armés. Les agresseurs avaient auparavant fait descendre les passagers. Le maire, Daniel Feurtet (PCF), a estimé que ces attaques n'avaient "rien à voir avec une quelconque révolte des villes de la Seine-Saint-Denis" ressemblant à celle connue en octobre et novembre 2005.
A Montfermeil, dans la cité des Bosquets, des affrontements ont opposé les policiers et des groupes de jeunes qui les ont caillassés. Dans cette ville, qui jouxte Clichy-sous-Bois, des tensions étaient perceptibles depuis plusieurs jours. A deux reprises en une semaine, des groupes de jeunes avaient tenté de s'en prendre au domicile du maire, Xavier Lemoine (UMP). Des affrontements limités ont également eu lieu à Toulouse.
CLICHY VOULAIT "OCCUPER SES JEUNES"
Alors que les renseignements généraux avaient souligné, dans un rapport du 11 octobre, que la "gestion de la commune de Clichy-sous-Bois" serait un "élément déterminant", la ville d'où étaient parties les violences de 2005 n'a pas connu d'incidents graves, hormis l'incendie de quelques véhicules.
Conscients des risques de débordements, un an, jour pour jour, après le déclenchement des émeutes, la mairie et l'association Au-delà des mots (ADM), avaient décidé d'"occuper les jeunes". Dans la continuation de la journée d'"hommage" rendu aux deux adolescents décédés un an plus tôt, après une course-poursuite avec la police, un spectacle avait été organisé dans le centre culturel de la commune. L'animation s'est terminée vers 22 heures.
Les jeunes invités se sont rapidement dispersés. Quelques-uns, en nombre très limité, ont brûlé une camionnette. "Restons calmes, restons dignes ! Ne donnons pas à nos adversaires une chance supplémentaire de nous critiquer", avait lancé Claude Dilain, le maire PS de la commune, lors de la marche silencieuse du matin.
DES MAIRES EN PREMIÈRE LIGNE
Inquiets face aux risques de débordement, de nombreux maires de Seine-Saint-Denis avaient également organisé des dispositifs de prévention. A Drancy, Jean-Christophe Lagarde (UDF) avait mis en place un maximum d'animations. "Plus de 200 jeunes sont occupés pendant le week-end", indique le député. Certains ont eu des places pour aller au bowling ou assistent à des projections de films. D'autres devaient aller voir le match de football PSG-Rennes, samedi.
Aulnay-sous-Bois avait prévu un dispositif de sécurité et d'animation identique à celui des 14-Juillet et 31 décembre. Des salles municipales sont restées ouvertes tard le soir. Des activités ont été prévues dans certains quartiers. "La police est plus présente que d'habitude", a souligné un porte-parole de la mairie. Des dizaines de voitures de police n'ont cessé de patrouiller pendant la nuit. A Montreuil, où un bus avait été incendié jeudi 26 octobre, un maximum d'élus municipaux avaient prévu de tourner dans les quartiers.
LES MÉDIAS PRIS À PARTIE
Souvent accusés d'attiser les violences, les médias présents sur place, au moment où les premières voitures commençaient à brûler, étaient assez peu nombreux, vendredi soir. Radio, télévision, presse écrite, la plupart s'étaient surtout déplacés le matin, lors de la marche silencieuse à Clichy-sous-Bois. Là, les tensions avec les jeunes étaient manifestes : bousculades, insultes. Toute la journée, il a souvent été délicat pour les journalistes, notamment de la télévision, d'obtenir des témoignages d'adolescents.
Luc Bronner et Elise Vincent _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà
Cinq mineurs en garde à vue après l'incendie du bus marseillais
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 31.10.06 | 08h20
Le procureur de la République, Jacques Beaume, a confirmé, mardi 31 octobre, que cinq mineurs, âgés de 15 à 17 ans, avaient été interpellés dans la matinée à Marseille, lors d'une opération policière visant à retrouver ceux qui sont à l'origine de l'incendie d'un bus, samedi, dans lequel une jeune femme a été grièvement brûlée.
L'opération de police s'est déroulée à l'aube. Des policiers en civil sont entrés, peu après 6 heures du matin, dans des immeubles des cités voisines des Lilas et des Oliviers. L'opération s'est terminée vers 7 h 15 du matin et s'est déroulée sans incidents. A l'issue de cette opération, qui a mobilisé une cinquantaine d'agents de la brigade criminelle et des brigades anticriminalité, cinq personnes ont été interpellées. Arrêtés dans leur famille "sur la base de témoignages", ils ont été placés en garde à vue avec les procédures prévues pour les mineurs, a précisé M. Beaume lors d'un point de presse à Marseille. M. Beaume a ajouté qu'un majeur avait été également suspecté mais "il était détenu au moment des faits, donc rien n'a été retenu contre lui".
LES AUTEURS PRÉSUMÉS RISQUENT TRENTE ANS DE PRISON
Agés de quinze ans et quelques mois pour l'un et d'un peu moins de 18 pour les autres, les mineurs sont tous "un peu connus" et pour l'un d'eux "gravement connu des services de police", selon le procureur. "Une prolongation de leur garde à vue interviendra à partir de mercredi, car il faut bien 48 heures de travail à la police judiciaire", a souligné M. Beaume indiquant qu'il déciderait mercredi soir ou dans la nuit de mercredi à jeudi s'ils sont déférés en vue d'une mise en examen. Ils encourent une peine de trente ans de réclusion criminelle, l'enquête visant un incendie volontaire ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente.
Dimanche, le procureur de la République avait lancé un appel à témoin, relayé de façon inédite, lundi, par le premier ministre, Domnique de Villepin. Selon le journal Le Parisien de mardi, les enquêteurs disposeraient de quatre témoignages directs de l'agression, celui de la conductrice et de trois passagers. Le quotidien indique également que les auteurs présumés de l'incendie auraient été filmés par le système vidéo du bus décrypté par les policiers.
Mama Galledou, étudiante en médecine de 26 ans, est toujours entre la vie et la mort après avoir été brûlée à 60 % lors de cet incendie. Elle est placée sous respiration artificielle au centre régional des grands brûlés de Marseille. _________________ A la guerre comme a la guerre èëè âòîðàÿ ðåäàêöèÿ Çàáóãîðíîâà